Au départ il y avait juste des rêveries de vie meilleure, différente, loin des dictats de la Ville aux apparences, une envie de souffler …

 

Sachant que ça n’arriverait jamais.

Ensuite, un coup de tête en rentrant de week-end où l’on avait beaucoup discuté avec ma maman. Depuis la mort de mon beau-père cette maison me taraudait. Abandonner les rêves qu’il avait construit, laisser cet espace inutile, se défaire d’une sécurité immobilière me paraissait insensé alors que nous croulions sous les difficultés en tout genre dans un endroit qui ne nous ressemblait pas et qui ne voulait pas de nous. Et puis cette maison en morceaux au milieu de nulle part c’était le seul souvenir tangible de mon beau-père, lui qui ne jurait que par ces murs de pierres et ce lopin de terre.

Abandonner tout ça c’était l’abandonner lui et finalement jeter comme un papier sale toute l’énergie et tout l’amour qu’il avait injecté dans les quelques pièces qu’il avait rénové. Et c’était tout bonnement impensable.

Dans la voiture qui nous ramenait dans notre triste réalité on s’est décidés : c’était la chance de notre vie et on n’avait de toute façon pas le choix.

Au fond de moi j’étais bouleversée. J’avais rêvé de partir mais secrètement j’espérais ne pas m’éloigner autant. Huit cent bornes allaient me séparer de ma mère, de ma grand-mère, de mon Ange Gardien et de mon père. Huit cent kilomètres des habitudes de mes enfants, de leurs lieux de prédilections, plus de dix heures de route de la passion de mon petit dernier.

Paradoxalement mon esprit était rempli de jeux d’enfants dans l’herbe haute, de chants d’oiseaux, de déjeuners sous les arbres, de lectures au fond d’une véranda inondée de soleil. Mais j’imaginais aussi les hivers au froid glaçant, le givre partout, les départs en voiture dans le matin noir pour aller à l’école. L’école, parlons-en ! Déraciner mes enfants de leurs copains, les voir pleurer d’angoisse et de solitude aux premiers jours de classe … Sous ces images mon cœur se noyait et se noie toujours par moment.

Seront-ils heureux ? Et nous ? Quelle sera notre vie en Berry ?

 

 

(à suivre …)